Kirill Ukolov

Travaux

Expérience

2015
Balance Roberval, deux verres d’eau
55×30×20

 

Deux verres d'eau sont posés sur une balance Roberval. Deux verres identiques sont remplis pareil en sorte d'être parfaitement équilibrés au début de l'exposition. Le sens commun voudrait que le système reste en équilibre si on ne touche à rien. Lors de la première présentation de la pièce, la balance a penché à droite au bout de deux mois d'exposition. Ce résultat parait étrange, presque miraculeux. En réfléchissant on se rend compte des nombreuses forces physiques qui ne s'appliquent pas exactement pareil à deux objets identiques à 30 cm de distance l'un de l'autre. Cette fois-ci le dispositif était installé dans la vitrine de l'espace d'exposition. La porte d'entrée d'un coté, le radiateur de chauffage de l'autre, l'orientation par rapport au lever et au coucher du soleil... tant de facteurs qui ne font que se multiplier à mesure qu'on augmente la précision de notre analyse. Il est possible que le dispositif ne réagirait pas pareil s'il était installé à un autre endroit où les sources de chaleur et les courants d'air agiraient dans le sens perpendiculaire au fléau de la balance. Dans ce cas, l'évaporation serait plus équilibrée dans les deux verres et la force provenant de la différence des poids serait inférieure à la friction à l'intérieur des pivots de la balance, auquel cas la balance resterait équilibrée du début à la fin.

Ce dispositif fait une métaphore des problématiques de la science fondamentale de nos jours, plus exactement, de la physique contemporaine. Cette dernière tente de définir les bases mêmes de l’existence, les notions du temps et de l'espace, de la matière et de l'énergie. Dans la confrontation des points de vue déterministes et non-déterministes, la physique empiète sur le territoire de la philosophie en étudiant les questions de la causalité et du libre arbitre. Dans leur effort de redécouvrir la nature des choses, les physiciens rejoignent les poètes. Certaines recherches sur la matière noire qui sont menées à l'aide des collisionneurs des particules ont un caractère presque mystique car elle consistent à faire apparaître le néant...

D'une simplicité extrême, cette œuvre questionne notre perception du monde à différents niveaux, du plus basique au plus complexe, de nos observations quotidiennes au principe d'incertitude d'Heisenberg qui concerne les mesures des particules quantiques. Le titre « Expérience » joue sur le double sens du mot – il s'agit à la fois du bagage des savoirs accumulés de manière empirique tout au long de la vie et, de l'autre coté, d'une mise à l'épreuve des hypothèses et des intuitions qui en découlent. Ce dispositif révèle le caractère paradoxal et incertain des choses les plus banales.